« Au centre financier de La Poste à Lille, trois salariés sur quatre sont atteints d’un "stress professionnel élevé" (36 %), voire d’un "hyperstress" (39 %), une souffrance psychologique qui présente un risque pour la santé, selon les médecins du travail. Si le niveau d’hyperstress est plus élevé chez les employés (42 %), il concerne aussi un cadre sur quatre (24 %). »
L’enquête, qui a porté sur 696 salariés et permis de révéler ces résultats, a été réalisée par le fameux médecin-psychiatre Patrick Légeron, directeur du cabinet Stimulus. Le caractère alarmant de ces chiffres mérite d’être souligné dans la mesure où, s’inscrivant dans le cadre de la « gestion du stress » et de l’accompagnement psychologique des restructurations d’entreprises jugées par avance « inévitables-et-nécessaires », on peut penser que Stimulus devrait se garder d’une telle mise en accusation implicite des causes profondes des risques pour la santé au travail : la mise en œuvre des boîtes à outils psychologisantes et autres séances de relaxation peut paraître, en effet, bien dérisoire face à l’ampleur du phénomène ainsi révélé et à la prégnance de ses causes politiques et organisationnelles de la souffrance au travail.
Après le suicide, le 15 janvier, d’un directeur de la sûreté des bureaux, La Poste a donc décidé de réagir avec cette enquête qui l’a amené à créer un Observatoire de la Santé. Pour l’instant, aucune organisation syndicale ne sait précisément comment cet observatoire va fonctionner : sera-t-il indépendant ? Quels indicateurs mettra-t-il en place ? Vu que cet Observatoire (contrairement au nôtre) est une nouvelle initiative patronale (impulsée par Stimulus), inutile de dire que l’affaire est à suivre de très près.
Toutefois, elle est intéressante si on la rapporte à la situation de l’entreprise France Télécom où la direction dénonce et conteste nos travaux. Censure, négation du problème et maintenant manipulation d’enquêtes ! En effet, la direction annonce la publication imminente (on attend depuis huit mois !) des résultats d’une enquête interne sur 40 000 personnes qui montrerait que 60% des salariés interrogés ont confiance dans leur ligne hiérarchique. La preuve donc que le stress n’existe pas ! Pourtant, cette enquête ne pose à aucun moment la question du stress ou du mal-être au travail, il n’est question que de l’adhésion ou non aux valeurs de l’entreprise Orange. De plus, les auteurs soulignent le risque important de réponses de convenance puisque l’anonymat n’a pas été respecté, l’enquête se déroulant par mail. Enfin , les différents "focus" montrent que la situation est bien loin de mériter un satisfecit pour la direction ! Mais voudra- t-elle publier toute l’enquête ? Pour notre part, nous redemandons publiquement une enquête nationale et indépendante sur la situation de stress et de souffrance au travail présentant des résultats dans la transparence ! Depuis mai, pas moins de cinq suicides ont endeuillé l’entreprise et les victimes sont toutes des techniciens d’intervention. Cela fait beaucoup trop pour que l’alarme ne soit pas déclenchée. Ce qui est urgent pour la Poste ne le serait pas pour France Télécom ?
Lire l’article du Monde
Paris, le 10 juin 2008. 
Enquête sur le stress à l’AVSC Nord de France
Grève sur les CCOR
Sept suicides à France Télécom
Centre d’appel en prison